Jour 3 – Remettre son existence en question sur la route 17

Ce matin, c’était le gros luxe. Cadran à 4h30, soit une heure plus tard que d’habitude – une grasse matinée, quoi. Mais bien sûr, je me suis réveillé tout seul à 4h. Résultat : j’ai fait mes bagages dans le silence flou de l’aube, mangé les restes de pâté chinois de la veille (le déjeuner des champions), puis j’ai pris la route vers 5h10. J’étais de bonne humeur : 170 kilomètres à faire seulement, après plusieurs journées de plus de 200, c’était censé être une petite journée tranquille. Spoiler : ce ne fut pas le cas.

Les premiers kilomètres ont pourtant été parfaits. Route 17 quasi vide à 5h du matin, lumière douce, oiseaux qui couicouitent, suifu (c'est l'oiseau qui fait suifuuuuu le matin ça) bien connu... Un moment suspendu. J’étais rendu rêveur, me disant que j’étais chanceux de pouvoir vivre ça, sur deux roues, dans un décor de carte postale.

Mon plan : rouler 100 kilomètres jusqu’à Mattawa, manger un bon vieux Subway, puis terminer avec un petit 70 km facile. Mais à partir du cinquantième kilomètre, j’ai commencé à réaliser que la route montait. Beaucoup. Ça montait, ça remontait, et ça ne redescendait jamais. Le soleil s’est levé pour de bon, j’ai relancé le ballet de la crème solaire, les contracteurs ont envahi la route, suivis de tout le trafic possible.

Et là, j’ai compris. La route 17, c’est l’enfer du cycliste. Pas d’accotement, ou alors symbolique. Juste une ligne blanche pour te dire "bonne chance". Le sable mou sur le bord est impraticable. Chaque véhicule est un pari : est-ce que le conducteur va réussir à me frôler sans m’arracher un bras?

Et comme si ce n'était pas assez, un nouveau joueur est entré dans la partie : les insectes. Météo Média annonçait "grande quantité" de mouches noires et de moustiques... et soi-disant "faible quantité" de mouches à chevreuil. Haha. La seule "faiblesse", c’était leur sens de la retenue. Imagine monter une côte sans fin, les oreilles bourdonnantes de camions, en te faisant harceler par @#!$& de mouche qui veut te dévorer un bout de peau à travers ton cuissard.

Le Subway de Mattawa a été un havre. Rien d’exceptionnel côté ambiance, mais une explosion de joie pour mes papilles et mon moral.

Je suis reparti en me disant que 70 km, ça se mangeait en quatre portions de 15 km. Pause, eau, pomme. Simple. Ouais. Après 30 kilomètres, je commençais à envisager de balancer mon vélo dans le bois et de caller un hélicoptère. Tout me semblait absurde. Pourquoi aller vers l’ouest, déjà? Je suis donc bien ridicule! C’est là que je suis tombé sur le Rolly's Pit Stop, juste au pied d’une côte démesurée. Je m’y suis arrêté non pas pour manger, mais pour reprendre mes esprits. Surprise : j’y étais déjà allé en voiture avec ma copine l’été dernier. Petit moment de déjà-vu réconfortant. J’ai bu une bouteille d’eau complète à l’ombre, niaisé sur mon téléphone cinq minutes... et bang, comme par magie, mon moral est revenu. J’ai réalisé que je ne buvais probablement pas assez. J’ai ajusté le tir. Prochaine montée = eau. Et ça a fonctionné. Comme si l’eau était un genre de potion magique anti-dépression cycliste.

En approchant de North Bay, l’asphalte fraîchement refait m’a redonné espoir… jusqu’à ce que je remarque l’absence totale d’accotement. Quatre pouces de surélévation entre la chaussée et le sable mou en bas, avec un autobus scolaire qui me talonne. Frissons garantis. Heureusement, les huit derniers kilomètres étaient dotés d’un accotement digne de ce nom. Un petit luxe inattendu.

Le clou de la journée : un parc adorable juste avant l’hôtel. Une touche de "cute" après une journée de "cru". C’était comme la cerise sur un sundae malmené.

Mais la journée n’était pas finie : j’ai commandé une pizza pepperoni-fromage avec un rigatoni à la viande pour mon souper-déjeuner. Quand la livraison est arrivée, surprise! Une hawaïenne. Le seul type de pizza qui fait ricaner l’Internet entier. Heureusement, j’aime les ananas. J’ai mangé. Elle était bonne.

En consultant mon Strava, plein de notifications : records battus, altitude maximale atteinte, côte la plus longue ever. J’avais prévu 1100 m de dénivelé. J’en ai fait 1768. C’est le Mont Marcy. Littéralement.

J’espère juste ne pas m’être autant planté dans mes autres estimations, sinon les Rocheuses risquent de ressembler à l’Everest. Demain, c’est censé être 1100 m... mais mon fichier Excel disait 396. Ça me stresse un peu.

Mais bon. Aujourd’hui a été la pire journée de vélo de ma vie. Donc théoriquement, demain ne peut qu’être mieux. J’espère!

2 thoughts on “Jour 3 – Remettre son existence en question sur la route 17

Répondre à Philippe Murphy Annuler la réponse

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *