J'avais prévu faire la moitié du trajet vers Sault-Sainte-Marie aujourd'hui, question de couper la route en deux à cause de la météo. Finalement, la météo a été aussi moyenne que prévu, donc bonne décision. J'en ai profité pour dormir un peu plus tard que d'habitude, un vrai luxe dernièrement. Je suis parti vers 8h, direction Tim Hortons, avec pour objectif ambitieux de maximiser l'ingestion de beignes et de café. Mission accomplie.
Le départ a été prometteur : j'étais pas sur la 17. À la place, une route qui sortait d'Espanola m'a permis de faire une trentaine de kilomètres dans un calme presque monastique. Quelques maisons, aucune circulation, et surtout : zéro camion. Enfin, j'ai pu rouler à un rythme décent sans devoir paranoïer à chaque pneu qui me frôle l'épaule.
Quand j'ai fini par rejoindre l'infâme route 17, j'ai eu la surprise de ma journée : un accotement. Neuf. Lisse. Agréable. Et même si y'avait pas tant de camions avant midi, je l'ai accueilli comme un vieil ami qui revient d'un long voyage. J'ai donc continué à un bon rythme : 50 km, puis 60, puis 70, tout ça s'est empilé vite.
Au kilomètre 75, l'appel du deuxième déjeuner s'est fait sentir. Je me suis arrêté dans un établissement à l'identité floue mais au service très clair : deux pointes de pizza, excellentes. Bonus : la madame au comptoir m'informe que la route de gravelle où mon GPS voulait m'envoyer dessus a été pavée récemment. Merci Street View version 2011. Donc j'ai roulé sur une route que je croyais dégueulasse, et qui était en fait une belle surprise d'asphalte.

Et c'est sur cette route surprise que j'ai fait ma première rencontre avec un ours. Au début, je pensais que c'était un chien. Puis j'ai réalisé que non, c'était clairement un ours. Environ de ma hauteur debout. Je me suis arrêté, j'ai crié pour l'effrayer. Rien à faire, il était bien trop occupé à faire ses activités d'ours pour me considérer comme une menace à sa tranquillité. Heureusement, deux autos sont arrivées, dont une qui l'a klaxonné hors de la route. L'autre conducteur m'a escorté comme un garde du corps improvisé. Premier ours du voyage : check.
À voir les pancartes au bord de la route, je crois que la région est infestée..!

Vers le kilomètre 100, j'ai détecté une pédale lousse. Pas bon. Mais mon outil suisse avait exactement le tournevis qu'il fallait. Petit miracle logistique. Si tous mes problèmes pouvaient se régler aussi facilement, ma vie serait infiniment zen.
Mon objectif initial était atteint, mais en vérifiant la météo, j'ai réalisé que le lendemain allait être plus court en termes de beau temps. Et j'étais encore en forme. Direction Ironwood, 25 km plus loin. Avant de repartir, je suis retourné chez Tim Hortons pour un wrap et un beigne glacé au chocolat. Sauf que... c'était pas un beigne standard. C'était un beigne fourré à la crème, mais avec un trou au milieu. Une aberration. Du jamais vu. Aussi, mention spéciale au commis du Esso qui m'a rempli mes bouteilles avec ce que je croyais être de l'eau, mais qui était en fait de l'eau pétillante. Double fail pour la halte de Blind River.

Arrivé à Ironwood, j'ai encore une fois hésité : j'arrête ici ou je pousse jusqu'à la prochaine ville? Encore la météo qui m'aide à trancher : demain, faut partir tard. Donc aussi bien raccourcir le trajet. J'ai donc roulé jusqu'à Thessalon, une trentaine de kilomètres plus loin.
Le motel où je dors est directement sur le bord de l'eau. Probablement la plus belle vue que j'ai eue depuis longtemps. Le lac Huron, calme, immense. Je resterais là sans problème. Demain, il annonce de la pluie jusqu'à 10 h, mais grâce aux kilomètres bonus d'aujourd'hui, il me reste juste 80 bornes à faire.Ça devrait se faire les deux doigts dans le nez.

En gros, une journée qui a fait du bien. Physiquement, j'étais bien. Psychologiquement, surtout, j'avais besoin de ça : une route calme, pas trop de camions, pas trop de mouches, pas trop de stress. Après les journées pénibles, c'était une bouffée d'air frais. La fatigue psychologique parfois aussi difficile que la physique. La route 17 commence à être derrière moi. Le pire est passé. La suite s'annonce belle.
