Jour 5b – La princesse de l’asphalte

Je m’étais donné le luxe de scinder la journée en deux, et ce matin, la météo m’a confirmé que j’avais bien fait. En me levant dans mon petit hôtel, la pluie tambourinait sur le toit, comme prévu. Ça faisait du bien de ne pas être en train de me battre contre les éléments à 4h du matin. Vers 8h30-9h, la pluie s’est calmée, pile à temps pour que je mange mon déjeuner traditionnel chez Tim Hortons. Sauf que là, j’ai été wild. Genre totalement déchaîné : j’ai pris un bagel saucisse-fromage, sans œuf. Et laisse-moi te dire que rendu là, c’est plus vraiment une recette mais plutôt une série de compromis : un bagel, un rond de saucisse, une tranche de fromage. C’est tout. Minimalisme extrême. Mais étonnamment satisfaisant.

Côté météo, j’étais quand même un peu crispé. Les prévisions ont changé, et je me suis rendu compte que ma pause prévue à Sault-Sainte-Marie coïncidait avec ce que MétéoMédia appelle « averse » et que moi j’appelle le déluge universel. On parle de 50 à 75 mm de pluie, avec une probabilité de 100 % — autrement dit, si tu n’es pas mouillé, t’es pas là. Ce qui veut dire que je vais devoir gaspiller une autre journée de congé juste à rester enfermé, et ça, ça me stress. Parce que j’ai seulement sept jours de pause sur tout mon voyage, et là j’en aurai cramé deux avant même d’avoir traversé le quart du périple. Bref, ça m’indispose profondément.

La route, elle, a commencé sur la 17. Ah, la 17... cette éternelle compagne de misère. Un d’accotement de misère, des camions qui passent à trois centimètres à 100 km/h, des côtes qui n’ont aucun respect pour la gravité. Après 45 km d’amour vache, j’ai tourné sur un petit rang de campagne et j’ai dit adieu à la 17. Et là je te jure, je n’ai jamais été aussi heureux de quitter un bout d’asphalte. Bye, pis pour toujours cette fois ci!

À partir de là, les rangs agricoles ont pris le relais, avec leurs collines et leurs forêts pleines de... peut-être des ours? Disons que je jetais un œil un peu plus souvent dans les bois qu’à l’habitude. Je n’en ai pas vu, et c’est très bien ainsi.

Mais ces petits rangs m’ont fait réaliser une chose d’une importance insoupçonnée : tous les asphaltes ne sont pas créés égaux. Il y a l’asphalte lisse, du genre route gouvernementale, qui glisse sous les roues comme du beurre fondu. Et il y a l’autre, l’asphalte rural granuleux, patché avec de l’amour et du gravier. Celui-là, c’est une vraie éponge à énergie. C'est peut être moi qui deviens une princesse de l'asphalte sur son vélo, mais je te jure que mes jambes savent quand l’asphalte est cheap.

Pas d’ours, mais j’ai croisé des oiseaux louches. J’en appelle ici à mes amis ornithologues en herbe de Facebook pour m’aider à identifier ces spécimens. C’est pas des bernaches, c’est pas des dindes sauvages… c’est quoi? Mystère. Aidez-moi.

Après les rangs, j’ai rejoint une espèce d’autoroute accompagnée d’une piste cyclable. Ça traversait une réserve autochtone magnifique, mais comme souvent dans ces coins-là, on ne trouve rien pour se ravitailler. Pas de dépanneur, pas de restos, juste des maisons et des shops à tracteurs. Problème : j’avais pas mangé depuis mon Tim du matin, il était rendu deux heures, et le voyant « carburant » était dans le rouge clignotant.

Et c’est pas juste l’estomac qui grognait. Mon fessier aussi commence à se tanner sérieusement de la selle. J’ai passé une bonne partie de la journée à essayer de redistribuer la douleur de manière équitable sur mon postérieur. Disons que mes muscles étaient prêts à signer une pétition pour avoir droit à une journée debout. Heureusement, j’ai trouvé des shakes protéinés à l’arrivée, question de nourrir mes pauvres fibres musculaires et, qui sait, accélérer la guérison de l’échymose très mal placée que je porte.

Finalement, j’ai atteint Sault-Sainte-Marie. Quartiers résidentiels tranquilles, maisons modernes, ambiance presque familière. Mon hôtel donne sur un centre commercial que j’ai exploré dans l’espoir de trouver de quoi manger. Verdict : c’est un dead mall. Sérieusement, la moitié des locaux étaient fermés, les autres offraient des manucures douteuses et des imitations de souliers de marque. Côté bouffe, c’était passable, au mieux.

Puisque je n'avais pas vraiment envie d'aller à l'épicerie en vélo, j’ai commandé du ravitaillement via Uber Eats pour le prochain départ, mais le prix m’a donné un mini infarctus. J’aurais dû faire les 4 km pour aller au Shell moi-même finalement. La paresse coûte cher, c’est connu.

Prochaine étape : Munising, 203 km. Et si Dame Nature est de bonne humeur, j’aurai le vent dans le dos. Ce serait une bénédiction. À dans deux jours.

2 thoughts on “Jour 5b – La princesse de l’asphalte

  1. Félicitations Philippe. Ça prend énormément de ténacité pour entreprendre un périple comme celui-ci. En passant, tu as une excellente plume pour raconter le deroulement de tes journées. On ne s’ennui pas à te suivre Très interessant! Lache pas mon grand! Tu en seras que grandi de cette aventure.

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