Y’a des journées comme ça, qu’on peut couper en deux avec un couteau à beurre : le matin, tout roule, c’est le bonheur ; l’après-midi, c’est l’enfer en plein soleil, version barbecue à ciel ouvert. Aujourd’hui, c’était exactement ça.
Hier soir, j’étais en feu. Deux jours de repos, tout était prêt : sac bouclé, linge propre, morale au plafond. Je n’avais littéralement plus rien à faire, sauf me raser. Et pourtant, mystère non résolu de la mécanique temporelle, j’ai quand même fini par partir à 4 h du matin. Je m’étais levé à 3 h, 15 minutes avant le réveil. Fouille-moi pourquoi, ça m’a quand même pris une heure.
L’hôtel était à deux coups de pédale du pont de la douane. À 4 h 20, j’étais déjà de l’autre côté. Le douanier m’a vu arriver, l’air ahuri : "Early bird!" qu’il a crié. Puis silence radio côté formalités. Par contre, surprise : il fallait payer pour le pont. Le monsieur du péage m’attendait, tout prêt. Sauf que les vélos, ça coûte si peu cher qu’on n’a pas le droit de payer par carte. Et moi, bien sûr, j’avais zéro cash. Après quelques palabres, il m’a fait une faveur : "Repaye-moi la prochaine fois." Oui oui, bien sûr, je repasserai demain avec un bouquet de fleurs.

La route jusqu’à la 28, c’était du gâteau : asphalte tout neuf, personne sur la route, nuit noire percée seulement par mes lampes. Les 20 premiers kilomètres ont filé comme une lettre à la poste. Une fois sur la 28, c’était le plus beau lever de soleil de tous les temps. Rose, orange, un peu de vert, genre smoothie tropical céleste. Et encore une fois, personne. Juste moi, la route, et le soupçon constant qu’un ours allait sortir du bois. À Strong, mes soupçons ont trouvé leur confirmation : la ville se dit fièrement "capitale de l’ours noir du nord du Michigan". Voilà.


J’ai traversé une immense forêt nationale. Très belle, mais vide. Pas une pancarte, pas une sortie, rien. Juste moi, l’asphalte et les arbres. Si t’as soif, t’es fait. Heureusement, j’étais frais, hydraté, tout allait bien. Mais pendant 80 km : néant. Puis enfin, au km 105 : Newbury, station-service, Gatorade. Pause dîner au Subway : 12 pouces coupé en deux, moitié maintenant, moitié pour plus tard, emballé avec amour dans mon sac.
Et là, paf, en ressortant : le four. Le vrai. Le mercure en mode flambée, soleil en mode grill. Commence alors la stratégie des 15 km : petit bloc, petit break, ça garde l’illusion du progrès. Mais la suite, c’était une autre forêt nationale, tout en ligne droite au laser, route blanche, accotement mince, trafic réveillé. Et les pires ennemis : les véhicules récréatifs. Pilotés par des amateurs qui pensent conduire une Civic, mais qui roulent un char large comme un tank.

Et les mouches. Les fucking mouches à chevreuil. Elles m’ont suivi sur des kilomètres. Volaient à côté de mon visage, me tournaient autour comme des groupies malfaisantes. J’en ai compté une vingtaine, rien qu’en regardant les ombres au sol. Impossible de s’arrêter. Si je ralentissais, elles me dévoraient. Donc, hydratation en roulant, Gatorade tiède, paranoïa grandissante. La forêt a duré 40 km. Au bout, moi, j’étais cuit.
J’ai trouvé refuge sous un arbre, calé un autre Gatorade, mais j’étais en surchauffe sévère. Zéro réseau, encore des mouches, mais c’était ça ou tomber dans les pommes. Encore 40 km à faire. Devinez quoi? Une autre forêt nationale. Encore des mouches, encore la chaleur. L’asphalte fondait presque sous mes pneus. Je suais à en arroser le bitume. Crème solaire à répétition. Indice UV à 9, sérieux.
Et le pollen. Partout. Même ce soir, en dictant ça, ma voix est toute raide. Le pollen s’accumulait sur la sueur, la crème solaire, comme une couche de glaçage. La douche, je l’ai bénie comme une apparition mariale.
Puis enfin, Munising. Petite ville cute, pleine de souvenirs de mon road trip avec ma blonde. Un resto familier, un brin de nostalgie. J'y ai même enfin aperçu le lac supérieur, qui s'étend à l'horizon comme si c'était la mer. Mon hôtel m’attendait. J’y suis arrivé dans un état... disons "nature sauvage avancée". Demain, un peu moins de route, un peu moins de chaleur. En théorie. Je prends ce que je peux.


Lâche pas!
Patricia et moi, on adore te lire… même si c’est chatgpt qui écrit!
C’est moi qui écrit! Ça me prends 1h par soir!! GPT corrigé les fautes et enlève les « euhhhh » que je fais en dictant le texte.
Trop cool de te suivre Phil!!
Wow! Tout un défi à surmonter au jour le jour. Je te souhaite beaucoup, beaucoup plus de belles journées que de mauvaises. Ton blogue est super
Pendant que certains hésitent à sortir le compost le vendredi matin, toi t’as décidé que de te rendre au mariage de ta belle-soeur, qui vit à l’autre bout du pays, à vélo sonnait comme un bon plan de vacances. Faut le faire! Chaque coup de pédale est une preuve irréfutable que tes mollets et tes cuisses sont officiellement en voie de devenir une espèce protégée… Par moi bien sûr 😉
Entre les côtes qui n’en finissent pas, les moustiques mutants et les sandwiches douteux qui ont jutés dans ton ton sac à dos enduit de sueur et de crème solaire, tu trouves encore l’énergie d’écrire ton blog comme un vrai pro et qui me diverti à chaque matin. Merci!
Bref, sache que pendant que tu pédales à travers le Canada, moi je t’envoie des ondes positives, je m’occupe de nos deux boules de poils et j’abreuve tes plantes pour éviter qu’elle ne se dessèche comme toi en forêt. T’es une machine mon amour! Go Phil Go! Continu un coup de pédale à la fois, le vent dans le dos et le coeur devant xxx