Autant hier il s'est passé un million d'affaires, autant aujourd'hui ça l'a été le calme plat. J'avais une toute petite journée, 110 km à faire, et la température s'annonçait belle, donc j'ai pu me permettre de partir un petit peu plus tard. J'ai donc quitté mon semblant d'hôtel à 8 heures.
C’est vrai que j’avais pas été impressionné la veille en posant mes sacoches dans la chambre, mais une fois les lumières éteintes, c’était encore pire que ce que j’avais anticipé. En effet, quand j’ai fermé les lumières pour dormir, il faisait encore clair dehors, et la chambre était illuminée par des rais de lumière qui passaient par en dessous de la porte et par les côtés, comme si quelqu’un essayait activement de m’éclairer au spot light. J’ai fait une inspection de fond en comble, à la recherche de punaises de lit. Rien vu, heureusement. J’ai quand même roulé un tapis contre le bas de la porte pour bloquer l’entrée aux petites bestioles de passage. Finalement, j’ai survécu à la nuit sans piqûres bizarres ni grattage compulsif. Plus de peur que de mal.
Les images ci-dessous montrent le chemin qui menait à ma chambre et le bâtiment. À noter que la photo montre littéralement 1/3 de la ville.


Contrairement à Montréal, ici, un front froid avait décidé de faire son apparition, et franchement, il est arrivé comme un héros tombé du ciel. J'ai eu droit à un délicieux 22, et ça, c’est de la météo cinq étoiles pour rouler. Quand je suis parti, il faisait même un brin frisquet. Un petit 15 degrés sur la route, de quoi hésiter entre savourer la fraîcheur ou regretter de pas avoir sorti mon chandail long.
En prime, il n’y avait pas un poil de vent. Ni de face, ni de côté, ni en diagonale malveillante. Rien. Le calme plat. Et ça, ça change tout. J’ai redécouvert le bonheur simple — mais trop souvent oublié — de pédaler sans me battre contre un mur invisible. Juste rouler, sentir que chaque coup de pédale propulse vraiment le vélo vers l’avant, au lieu d’un affrontement quotidien contre les éléments. Ça faisait quelques jours que j’avais pas eu ce luxe. Autant dire que ce matin, c’était un genre de renaissance. Un joyeux petit miracle matinal sur deux roues.
En plus, la route était sur un asphalte de qualité supérieure et ne présentait presque pas de dénivelé. Qu'est-ce qu'on veut de plus dans la vie?

Je pense que le plus gros événement de ma journée — et c’est dire à quel point elle était tranquille — ça a été ma quête quasi existentielle du café. Parce qu’évidemment, dans ma pseudo-chambre d’hôtel, il y avait bien une machine à café... mais pas de café. Ni verre. Ni espoir. Je suis donc parti en me disant que j’allais m’arrêter au premier spot en chemin. Premier stop : à 26 kilomètres. Ce fut 26 km de pur bonheur météorologique, mais avec l’esprit d’un zombie en sevrage, obsédé par une seule chose : du petit liquide brun chaud. Quand j’ai enfin atteint la station-service salvatrice, j’ai rempli mon verre de ce que je croyais être un café régulier. Je me versais tranquillement un peu de half-and-half quand j’ai senti une petite note suspecte. Et là, révélation olfactive : ils avaient mis du café à la vanille dans la machine du café pas à la vanille. Pas ma saveur préférée — loin de la. Mais j’étais pas d’humeur à jouer le petit flocon de neige. J’ai soupiré, pris une gorgée, et accepté mon sort : aujourd’hui, je bois de la vanille.

Autre événement marquant — ou du moins, qui mérite une étoile dans le carnet de bord du jour — j’ai officiellement changé de fuseau horaire. Ce qui veut dire que j’ai eu le plaisir illusoire d’arriver une heure plus tôt que prévu. Et le meilleur dans tout ça? Le motel où je suis m’a laissé faire un early check-in, comme un VIP du vélo en short moulant. J'ai donc plein de temps libre devant moi, et une étrange impression de performance surhumaine. Je me disais : « Mon Dieu Philippe, mais t’es rendu ici, pis il est à peine cette heure-là! T’es un athlète. » Puis j’ai regardé l’horloge. Ah. Non. C’est juste que j’ai traversé une ligne sur la carte. Mais bon, illusion ou pas, c’est quand même satisfaisant.
C'est sûr qu'avec des aussi bonnes conditions, les kilomètres se sont enchaînés rapidement. J'ai continué à faire ma séquence de 15 kilomètres, prendre une pause pour boire et manger, 15 kilomètres, on recommence. Et ça m'a très, très rapidement amené jusqu'à Wakefield. J'étais déjà passé dans cette ville-là. On était allé dans un hôtel de chasseurs de neige en revenant de la Californie l'été dernier, donc j'étais un peu nostalgique de la ville. Par contre, je n'ai pas vu l'hôtel en question, parce qu'il aurait fallu que je fasse un détour de deux kilomètres sur une route secondaire, chose que je n'avais absolument pas envie de faire. Et de Wakefield, j'ai simplement continué ma route vers l'ouest pour aller jusqu'à Ironwood, qui était ma destination.

Demain s’annonce sous les meilleurs auspices. J’ai un peu plus de route à avaler — un solide 172 km en direction de Duluth — mais tout pointe vers une autre journée parfaite. La météo est de mon bord, les vents aussi. Ça sent la ride de luxe. Je compte partir vers 4h pour profiter au maximum des bonnes conditions et arriver tôt à destination. Et honnêtement, j’ai comme un pressentiment : ça va être une des meilleures journées de tout le voyage. Rien de moins. À bientôt.
